LUI ET ELLE

Lui , il voulait faire un voyage héroïque, pas celui de la banque. Un trekking en jeep, puis en éléphant et après avoir dormi dans la jungle, une descente en rafting. Il rêvait de faire un voyage héroïque, pas celui de la banque, avec deux israéliens, deux canadiens, un américain, deux italiens… Elle, c’était différent. Elle ne voulait pas tomber dans les paradis artificiels, alors elle avait choisi de rester à la maison pour faire sa dépression nerveuse.

IMPASSE DE LA MEMOIRE

C’est un chemin ou un ruisseau parsemé d’éclats de poteries multicolores, que borde un mur ancien fait d’éclats de poteries et ainsi de suite. Mais au bout , il n’y a aucune civilisation disparue. Seulement les fumeroles d’un volcan éteint. Et un restaurant à touristes avec à l’arrière un tas d’assiettes brisées.

HOMO ERECTICUS

Nous ne serions que de grands reptiles debout sous un soleil carré. La queue atrophiée en virgule au dessus de l’anus. De grands reptiles au cerveau lové dans une boite crânienne, qui poussent des portes, émettent des cris, organisés par une raison obscure et macérant dans le noir d’un liquide amphibien. Le dernier voyage de l’étoile, l’ultime trait de lumière devenu organique qui nous guide à l’aveuglette dans cette galaxie de poussière jonchant le sol-soleil de l’univers. A la poursuite de notre matière grise.

TABLEAU C

Leur seule liberté est de braver la loi

Avaler l’amertume

Leur seul bonheur est inscrit en rouge dans le codex

Quinze le matin

Quarante à midi

Deux boites le soir

Avec la même aiguille

Ils se piquent à tour de bras

D’abord moi après toi

Avec vos billets de banque

Ils se poudrent le nez

Par ici la monnaie

Ils vivent sur ordonnance

En relisant Artaud

Pour abréger leur souffrance

L’occident broie du noir

Le noir passe à travers les trous de la passoire

Rincer à l’eau froide

Eliminer les corps étrangers

Pasqua est un chien

LA BALLADE A LA DURE

Pourtant le jour se lève

Comme il ne s’est encore jamais levé

Lentement les idées vont plus vite

Mais les périphs crachent un brouillard suspect

Pourtant tout est clean

Il fait bon dehors

Mais déjà froid dedans

L’air a un goût clinique

Mais y’a pas d’urgence

L’info du jour

Répète jusqu’au soir

Que la météo est bonne

Que les négociations sont en cours

Du commerce extérieur

Au chômage intérieur

Lentement les idées brassent l’encre des encéphales

La jeunesse d’écrire coule dans mes veines

Mais les mots s’envolent des journaux que je ne lis pas

Intox of time

Made to reflect

Happé par les tuyaux urbains

Conditionné par les nains au pouvoir

Et les pisse-copies d’état-civil

Ruiné par le fait de savoir

Qu’il y a des barreaux à la santé du matin

Je me contente de crier

Assis le cul parterre

Qu’il fait bon dehors

Et mal dedans

Et je remets la vie à demain

ECRITS-VAINS

Aujourd’hui qu’il est question d’écrire seulement pour être écrivain, n’espère pas tourner la page sur une énième histoire à dormir debout et puis après continuer à vivre comme si de rien n’était. Pas question d’échapper à l’éternelle question. Pas question de positiver. Pas question non plus d’arracher cette page pour recommencer plus loin sans rature un semblant de justification historique ou humaniste, ou même de lancer cyniquement un cri de dérision, car ce qui est sûr au moins, c’est qu’il n’y aura plus de sens une fois passé le langage. Plus de sens pour être lu, critiqué, admis, refusé, référencé, catalogué, écarté, oublié, interprété, compris.

L’ALPHABETE

 L’art est fait comme un rat

Et je suis un artiste raté

Une pile de mots écroulée

Sous le poids de ton regard

A…………Atomique

 

B…………Bombardement

 

C…………Croix

 

D…………Dieu

 

E…………Enfant

 

F…………Faim

 

G…………Guerre

 

H…………Homme

 

I…………Idiot

 

J…………Jeu

 

K…………Kalachnikov

 

L…………Lit

 

M…………Mémoire

 

 

O…………Oui

 

P…………Putain

 

Q…………Question

 

R…………Rire

 

S…………Sous

 

T…………Terre

 

U…………Un

 

V…………Vie

 

W…………Wc

 

X…………XXX

 

Y…………Yeux

 

Z…………Zéro